Ce matin, éclipse partielle de soleil.....

Publié le par la fee viviane

Mes amis,
Ce matin les nuages ont caché l'éclipse partielle de soleil, alors lisez cette nouvelle, écrite lors de la dernière éclipse totale.
                                   L'éclipse
Ariel regardait le soleil se lever au-dessus des hauts plateaux, tout là-bas, en arrière de la vallée du Jourdain. Il songeait que de l’autre côté, en Jordanie, l’aube devait avoir laissé la place au jour depuis une demie heure environ. Cette journée allait être inoubliable ! Idan avait coché sur son calendrier la date de cette éclipse totale de soleil depuis plusieurs années et attendu ce jour avec une impatience tranquille. Il lui fallait à présent préparer son matériel.
Quatorze heures,  déjà ! Il était en retard à son rendez-vous. Il avait en effet prévu d’assister à l’évènement avec un autre astronome amateur, passionné comme lui ! Depuis des mois Internet regorgeait de sites consacrés à l’éclipse, et, au détour d’un forum de discussion, il avait offert à un internaute de l’emmener. De lui, il ne connaissait rien d’autre que son pseudo : Blacksun23.

Le voyage jusqu’à Bal’al Hazor promettait d’être long. La sécurité avait été extrêmement renforcée après les dernières représailles car le gouvernement craignait des attentats encore plus sanglants que les précédents. Les barrages pullulaient et tous es accès à Jérusalem étaient engorgés. Pourtant, alors que le flot de Palestiniens en provenance de Ramallah Jéricho et Bethléem se voyait très ralenti,Ariel ne mit qu’une dizaine de minutes à se frayer un chemin en direction du nord. A sa grande surprise, il arriva au lieu du rendez-vous avec un peu d’avance. Il sortit de la voiture avec une paire de jumelles au cou, comme convenu comme signe de reconnaissance. Il tournait la tête de gauche à droite essayant de repérer avec qui il allait partir. Derrière lui, une voix calme l’interpella :
 
- Bonjour, je m’appelle Halid, je suis Blacksun23, celui que vous attendiez.
Une jeune homme d’une vingtaine d’année lui tendait la main. Ariel la prit et la serra, sans toutefois dissimuler sa surprise : Blacksun23 était une palestinien beaucoup plus jeune que lui.
La route jusqu’à Bal’al Hazor fut plus rythmée par le grondement du moteur que par les paroles des deux hommes. L’embarras de l’un rejoignant la timidité de l’autre un silence pesant s’installa. Ils arrivèrent bientôt au bout de leur périple, à environ mille mètres d’altitude. L’endroit leur offrait une vue panoramique sur les montages de Judée et un point d’observation formidable pour celui qui veut s’affranchir de tout obstacle topographique ou climatique. Halil aida Ariel à sortir le matériel. Il observait chaque étape de l’installation du télescope avec l’émerveillement d’un enfant, comme si il n’en avait jamais vu un de si près.

L’heure approchait. Tout était fin prêt et les deux hommes, assis par terre, observaient la lente course du soleil dans le ciel clair. Ils cherchaient aussi à deviner la présence de la Lune qui ne tarderait pas à faire son apparition. Ariel fixait sa montre avec nervosité : plus que quelques minutes… Une ombre encore invisible vint soudain masquer une partie du soleil. Les deux astres étaient à présent réunis et leur lent ballet pouvait commencer. Au fur et à mesure que la lune recouvrait le soleil, le ciel s’assombrissait et l’air semblait se rafraîchir Ariel et Halid se tenaient côte à côte lorsque enfin l’éclipse fût totale ! Il faisait nuit et plus aucun bruit n’était perceptible. Le silence était profond et le spectacle grandiose.
Ariel ne pensait à rien, survolant la plaine, en osmose avec l’évènement, puis, il crut distinguer dans l’éclipse un terrible message …. Le soleil… La lune… L’étoile et le croissant ne faisant plus qu’un et les ténèbres qui en résultaient. Froid et silence, était-ce là un mauvais présage ? Il ne dit rien à Halid, mais il pensait à leur pays, cette terre qu’allait-t-elle devenir ? Le visage du jeune homme était calme et ses yeux, les yeux d’un enfant devant le plus beau cadeau du monde. Un cadeau éphémère gratuit, unique. Il n’avait pas l’air d’avoir des idées philosophiques comme Ariel, il savourait le spectacle avant qu’il ne s’achève. Ariel regarda de nouveau l’éclipse et réalisa peu à peu que ni la lune, ni le soleil, ne pouvait donner de spectacle plus merveilleux que leur union. Telle était sans doute la signification de cette éclipse, il en était désormais persuadé au plus profond de lui-même. Lorsque ces deux astres avaient commencé leur course, il y avait plus de 4 milliards d’années, les Juifs et les Arabes palestiniens n’existaient pas !  Alors pourquoi ne pouvaient-ils pas vivre en harmonie ? Rien ne semblait séparer Ariel  et Halid, que la différence d’âge et le dernier semblait avoir l’âge de ce fils qu’Ariel avait enterré cinq ans plus tôt, victime innocente d’une bombe. Ariel pensait que tous les hommes étaient frères et capables de vivre en harmonie et que l’union de leurs cultures pouvait accoucher de richesses encore insoupçonnées ! 
Après quelques minutes, le jour se leva pour la seconde fois sur la plaine. Les oiseaux se remirent à chanter comme s’il s’agissait du matin. 
Sur la route du retour, les deux homme se montraient plus bavards, parlant de leurs vies, de leurs familles, des joies et des peines du quotidien. Ils arrivèrent en vue de Jérusalem. Les barrages étaient encore nombreux aux entrées de la capitale en cette fin d’après-midi. Lorsque enfin ils arrivèrent à la hauteur des militaires du contrôle, les vérifications se firent plus longues que d’habitude. Forcés de descendre du véhicule, les deux hommes furent scrupuleusement fouillés. L’officier questionnait plus particulièrement Halid au sujet du télescope , le soupçonnant sans doute de vouloir faire entrer un mortier pour un groupe terroriste ! Ariel lut le désarroi dans les yeux du jeune homme et ressentit l’humiliation qui était le lot quotidien des gens de son peuple. Le malentendu levé, l’officier ne les retint pas, et le silence reprit ses droits dans la voiture. Ariel le brisa en invitant son jeune ami à terminer la journée dans un de ses restaurants favoris. Les deux hommes s’asssirent et reprirent leur conversation. L’astronomie repris ses droits de passion commune. Halid avoua à Ariel qu’il n’avait jamais vu de télescope comme le sien et les questions techniques pleuvaient ! Ariel essayait d’y répondre le plus clairement possible et promit à Halid de lui prêter le précieux matériel dès qu’il pourrait lui amener. La question politique de l’avenir de leur terre ne tardât pourtant pas à venir à leur table. La situation était devenue inextricable  et les chances de vivre en paix, étaient si minces… Ariel se sentait de plus en plus lié à ce jeune homme encore inconnu quelques heures plus tôt.
 
Un éclair blanc vint soudain illuminer la salle toute entière, soufflée par une déflagration assourdissante. L’obscurité, puis le silence, comme tout à l’heure sur la plaine. Halid gisait sans vie  aux pieds d’Ariel, le mur éventré du restaurant le recouvrait presque entièrement.  Ariel avait horriblement mal à la tête, sa vue se troublait. Ses dernières forces l’abandonnaient.  L’éclipse avait été magnifique. L’étoile et le croissant, réunis au-dessus de la terre sainte, et l’obscurité, une dernière fois.
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C
<br /> Terrible...Oh! Pourquoi? Pourquoi?!<br /> <br /> <br />
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