Le règne animal de l'esprit

Publié le par la fee viviane

Mes amis,


Aujourd'hui l'audiovisuel a remplacé le questionnement par le pugilat.

Le jeudi 4 juin sur France 2 les téléspectateurs ont assisté à ce que l'on fait de pire en matière de "débat" politique. Outre l'affrontement Bayrou/Cohn-Bendit, la vulgarité avait ce soir-là atteint un sous-niveau rarement approché. La journaliste elle-même, Madame Chabot, a avoué le lendemain avoir rarement connu pareille mésaventure. Les jours suivants le buzz "internétique" a fait le reste et cette pauvre dame fut tenue pour principale responsable du naufrage.

C'est injuste. On contemplait ce 4 juin l'aboutissement ultime d'une logique principielle devenue la règle à la télévision. En résumant un peu, lorsqu'il s'agit de confronter des idées, deux options sont possibles: le pugilat et le questionnement. Le premier est TOUJOURS préféré au second. Radios et télés retentissent en permanence de disputes homériques, de bagarres verbales, de combats sans merci. Cette ambiance gagne même les émissions littéraires. C'est que l'espace médiatique "grand pubic" DOIT être un ring brutal et bruyant. On y beugle une fanfare d'invectives croisées. Lâchement nous nous accoutumons à ce parti pris...

Au début on raisonnait ainsi: tout cela ne vaut-il pas mieux que le ronron fadasse et le mol consensus? Hélas, à force, on réalise peu-à-peu à quel point cette logique peut-être perverse et dévastatrice! Car le pugilat élevé en principe tourne très vite au théâtre de boulevard: beaucoup de bruit/peu d'idées. Et tout cela dans une connivence sociologique à peine masquée. On s'asperge sans précaution en barbotant dans la même baignoire ! On s'excommunie à l'antenne mais on mange aux mêmes tables! Vanité des vanités et insidieuse corruption de la politique...


Mais la vraie corruption réside dans les dévoiements qu'entraîne la migration de la parole démocratique qui va du monde réel vers l'espace virtuel du ring médiatique. Un ring régi par l'immédiateté, la phrase courte, la méchanceté sonore, la simplification abusive, etc. On peut alors s'alarmer d'une perdition possible. La logique du spectacle l'emportant sur la logique démocratique en dévoyant cette dernière.

C'est le philosophe Bernard Sichère qui s'alarmait jadis déja devant un tel naufrage. A ses yeux, "le style voyou" s'imposait trop souvent dans les manières des acteurs provisoires de ce spectacle
,
"portant à sa dernière extrémité la vérité que Hegel avait en son temps pressentie quand il parlait du règne animal de l'esprit".

Dormez tout de même car il nous faut être en forme, bientôt le règne du questionnement ?
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C
Totalement d'accord, même qu'il y a longtemps que je n'écoute plus les émissions de Mme Chabot. Je lui préfère celles de France culture. Chacun ses goûts...Mais tu as bien fait de souligner cette dérive.
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