Lorsque le 14 juillet 2009 fait honte au 14 juillet 1789 !
Juillet 2009 bouillonne, peut-être autant que juillet 1789, à moindre échelle. Les esprits s’échauffent autours du spectre moribond de l’antisémitisme que l’on tente en vain de raviver, dans je ne sais quel but, le dédain populaire étouffant ce qui pourrait être, pourtant, une seconde affaire Dreyfus, j’ai nommé, bien évidemment le scandaleux procès de Fofana et ses complices. Moins scandaleux, s’il en est, que la réaction d’une partie de l’opinion publique se croyant forcée, dans la lancée de la tendance dangereuse qui infeste le droit des pays occidentaux de ces dernières décennies, de chercher à satisfaire la victime avant de punir son bourreau, de faire pression sur un ministre de manière à ce qu’il interfère dans la justice, en toute légalité. Un ministre qui, sous la pression de quelques bien pensants jugeant qu’un tel procès doit être un exemple, se permet donc, à leur instar, de remettre en question l’autorité d’un juge et de la chose jugée, en ordonnant au parquet de faire appel des verdicts prononcés contre 14 des complices (plus ou moins indirects) du chef du "gang des barbares". Le citoyen lambda se permet donc, aujourd’hui en 2009, d’estimer qu’un juge a mal fait son travail, pire encore, parvient à faire pression sur le pouvoir afin qu’il conteste les décisions de ce dernier. 220 ans après 1789, ce pauvre Montesquieu, père de la séparation des pouvoirs doit se retourner dans sa tombe. Et qu’il est loin, en ce mois de juillet de la neuvième année du vingt-et-unième siècle, l’esprit de la Constituante des débuts triomphants de la Révolution !
Oui, il bouillonne ce mois de Juillet ! Alors que le 14 juillet d’il y a 220 ans faisait rêver à la liberté et la transparence politique, celui de cette année 2009 voit se déchirer partisans d’une liberté d’expression chère à notre glorieuse République et défenseurs d’une censure "positive" destinée à protéger autrui de l’excès de liberté d’expression de certains. Il est vrai que le choix est difficile à faire lorsqu’il s’agit d’appliquer les principes (parfois contradictoires) de notre belle démocratie : faire taire Orelsan qui, par ses appels à la haine, pourrait être responsable du passage à l’acte de quelques tordus ultra-mysogines (on pense évidemment, dans les milieux bien-pensants, à ces gens des cités que l’on ne connait pas, ou si mal, mais dont on a l’arrogance de croire que l’on peut prévoir leurs réactions, si certains de leur ignorance et leur bêtise...), ou bien le laisser se produire dans les festivals, au nom de la sacro-sainte liberté d’expression ?
Ah, si seulement le débat pouvait se créer autours de ces arguments là, au lieu de virer à la sempiternelle et si ridicule guéguerre politico-électorale que se livrent continuellement (puisque "tel est notre bon plaisir") le PS et l’UMP ! Ségolène Royal agissant au nom des femmes, aurait donc fait pression sur les organisateurs des Francofolies pour déprogrammer le rappeur. Pour le plus grand bonheur de l’UMP pouvant enfin prendre un membre du PS en flagrant délit de censure, mot que ses porte-paroles ont crié haut et fort dans les médias. Oui, cette même sainte-UMP qui dénonce la censure mais dont le président de la République, qui en est issu, porte plainte pour des poupées vaudou, fait modifier ou interdire des photos volées ou poursuit en justice un pauvre bougre qui a osé dire un peu trop fort "Sarkozy je te vois".
Cette UMP, oui, qui dénonce la censure d’un membre du PS mais permet qu’un membre du gouvernement puisse interférer dans la justice.
Beau 14 juillet 1789 succédant à la victoire cuisante des américains sur les anglais dans leur guerre d’Indépendance, quelques années plus tot, encouragée par le bon Roi Louis XVI, et le grand La Fayette, qui en reviendra victorieux même si cette guerre a (en partie) ruiné la France.
Triste 14 juillet 2009 succédant à l’échec si décevant de la tentative de Révolution du peuple iranien sur son oppresseur enturbanné, encouragée par les pays de Brown et Sarkozy, dont des attachés d’ambassade et une étudiante sont encore retenus prisonniers suite à cette tentative avortée de Libération.
Intéressant ce 14 juillet, cent-vingtième anniversaire de la Tour Eiffel, qui, lors de son feu d’artifice, voit sa robe métallique se parer de couleurs et d’effets lumineux rappelant son siècle d’existence, juste après le concert de cet autre imposant et lourd monument français qu’est Johnny Halliday, que 700 000 personnes sont venus acclamer. Qui de mieux qu’un ami proche du pouvoir pour chanter le jour de la célébration de la révolte contre le despotisme !
"Alors, il était beau le feu d’artifice ?" demande-t-on à la télé à des gamins, "oh oui !" répondent-ils de concert, tandis qu’une dame d’âge mûr ajoute "qu’est-ce qu’il chantait bien Johnny !" Tant de joie et d’yeux brillants, mais au fait... qu’est-ce qu’on fête ce soir ? Qu’est-ce qui donne lieu à toutes ces festivités ? Pas une fois la question n’a été posée pour vérifier, mais il est certains que peut-être un quart des jeunes et autres présents ce soir là, ne savent exactement ce que l’on fête !
Ah qu’il est étouffant ce mois de juillet, sous ses brûlantes températures et actualités, et qu’elle est présente la haine dans ces dernières ! Et pourtant, Johnny chante l’amour sur le Champs de Mars ! Vive le Roi et la Révolution !