Les lycéens dans la rue : qui manipule qui ?
Mes amis,
On a beaucoup évoqué la semaine dernière dans la presse, la crainte du pouvoir de voir les jeunes se joindre massivement au mouvement social sur les retraites. Nicolas Sarkozy confie volontiers à ses interlocuteurs que c’est ce qu’il craint le plus car il ne peut le maîtriser. La crainte est double. D’abord, parce que selon le mot d’un conseiller ministériel il y a quelques temps “ les jeunes c’est comme le dentifrice, une fois que c’est sorti, on a pas le mode d’emploi pour les faire rentrer.”. Ensuite, par crainte de la bavure comme cela s’est malheureusement produit dans le passé (rappelons nous de Malik Oussekine)
"Moi, je veux rappeler que manifester sur la voie publique c'est dangereux" a cru bon de rappeler Luc Chatel la semaine dernière. Raymond Soubie, le conseiller social de Nicolas Sarkozy (et vrai pilote de la réforme) a de son côté évoqué le risque de manipulation des syndicats qui appelleraient les jeunes à manifester. Les parents d’élèves de la PEEP dénoncent pour leur part “l’instrumentalisation des jeunes”. Une accumulation de mises en garde qui font se demander de quel côté est la manipulation.
Et d’ailleurs Les jeunes sont-ils “manipulables” ? D’abord c’est surestimer le pouvoir d’influence des enseignants. Ensuite, c’est finalement assez injurieux à l’égard des jeunes que de penser qu’ils ne sont pas capables de développer une pensée autonome alors que par ailleurs on parle du lycée comme d’un lieu de formation du citoyen. Certes le sujet de la retraite peut leur sembler très lointain, mais ce mouvement social (comme c’est très souvent le cas…) agrège de nombreux motifs de mécontentement et d’angoisse qui parlent aux jeunes. Comme par exemple, l’entrée dans la vie active, la précarité, le chômage. Autant de raisons qui peuvent conduire éventuellement à une cristallisation et une radicalisation du mouvement.
Bruno Racine, le HCE et le socle commun
Qui lit encore le café pédagogique ?
C’est une interview dans Le Café Pédagogique qui fait l’événement. Bruno Racine, le président du Haut Conseil de l’École (HCE) dans une longue interview revient sur le récent rapport du HCE sur le collège. Il commence d’abord par rappeler que le socle commun n’est pas appliqué sérieusement dans les collèges et répond à ses détracteurs qui considère ce socle comme un minimum culturel sans ambitions. “ Dans la logique du socle commun, on s’intéresse aux acquis des élèves. rappelle t-il On connaît bien l’écart actuel entre le contenu des programmes enseignés et ce qui est retenu par les élèves en fin de compte : avec le socle est introduite une obligation de résultats concernant les acquis. Le socle commun, ce sont des savoirs durables et mobilisables, vivants donc, en dehors de l’École et après l’École : là est l’intérêt des « compétences », qui s’appuient sur de solides connaissances.”. Il s’élève aussi contre ce qu’il appelle “le culte de la moyenne et ajoute qu’ “aujourd’hui, la France est le seul pays au monde où le fait de ne pas savoir la moitié des connaissances à acquérir permet malgré tout de progresser dans le cursus scolaire. ”. Il réfute aussi l’idée que le socle serait néfaste à l’élite : “les enquêtes PISA le prouvent : défendre résolument le socle commun pour tous, donc s’atteler à faire vraiment reculer l’échec scolaire, est le meilleur moyen pour dégager une élite à la fois plus nombreuse et de meilleur niveau. Cela signifie qu’avoir l’ambition du socle pour tous les élèves, ce n’est donc pas du tout en avoir moins pour quelques-uns : c’est aussi avoir plus d’ambition pour l’élite. ”
Comment le mettre en œuvre véritablement ? Pour Bruno Racine et le HCE cela passe par la formation initiale et continue et la nécessité de susciter l’adhésion de tous les acteurs concernés. Cela passe aussi par un pilotage par l’aval et en particulier par une évolution du Brevet (DNB) qui pour l’instant “ne permet pas d’attester la maîtrise de l’ensemble des compétences du socle commun et il ne saurait donc être utilisé comme outil de pilotage de « l’École du socle commun »”. Même s’il accorde au DNB une valeur symbolique, il prône surtout une évaluation régulière et systématique des compétences tout au long de la scolarité.
Il conclut en appelant à un véritable débat “sur ce que notre société attend de la scolarité obligatoire et sur la manière d’atteindre cette ambition historique : élever le niveau moyen des jeunes Français jusqu’à seize ans et, dans le même temps, dégager une élite plus nombreuse !”. Espérons que les nombreuses réflexions dans la perspective des présidentielles ne feront pas l’impasse sur ce débat essentiel, mais comme Mme Royal a l'intention d'en faire le socle de son programme, je ne suis pas inquiète et puis relisez les propositions 22 à 35 du pacte de 2007
