Que devient l'autre moitié de l'humanité ?

Publié le par la fee viviane

Deux femmes tuées par balle ces dernières semaines. Deux traitements différents par les médias et les politiques.

Je ne parle pas des deux gendarmes abattues dans le cadre de leur mission et qui ont reçu des hommages nationaux, émouvants et légitimes.

Non, je parle de deux femmes à la vie très différente mais à la mort si semblable.

 

La première s’appelait Ghazala Javed . Elle avait 24 ans. Cette chanteuse pakistanaise a été assassinée lundi soir, le 18 juin, à Peshawar. Le drame s’est passé lorsque la jeune femme sortait d'un salon de beauté : elle a reçu six balles dans le corps. Deux hommes sur une moto l’ont criblée de balles avant de s'enfuir, l’abandonnant dans une mare de sang. Ce meurtre met en cause son ex-époux, Ghazala Javed.

 

La seconde s’appelait Bérengère Lassalle . Elle avait 33 ans. Cette salariée béarnaise a été assassinée mercredi matin, le 13 juin, à Bordeaux. Le drame s’est passé lorsque la jeune femme sortait de son domicile : elle a reçu 3 balles dans le corps. Un homme à pied l’a criblée de balles avant de s'enfuir, l’abandonnant dans une mare de sang. Ce meurtre a été commis par son ex- compagnon, David Thibert.

 

La première reçoit des hommages du monde entier. Tous les médias parlent d’elle. On met en avant son talent. On loue son courage d’entamer une procédure de divorce dans un pays où les talibans sont si puissants. Où la polygamie est de mise. Où les chanteuses et les danseuses sont menacées. Son visage passe en boucle sur Youtube avec, en fond sonore, une de ses nombreuses chansons. La Ministre des Droits des Femmes, Najat Vallaud-Belkacem, lui rend un vibrant hommage via un magnifique communiqué  suivi, lors de la fête de la musique, d’une minute de silence recueilli. C’est beau. C’est digne. C’est touchant.

 

La seconde fait l’objet de quelques dépêches. De quelques brèves aux infos. Aucun hommage officiel ne lui a été rendu. Qui connait aujourd’hui son histoire, son visage, ses espoirs et ses luttes ? Personne. A part, peut être, ses proches. Pas besoin d’une minute, le silence l’a déjà recouverte toute entière. C’est laid. C’est indigne. C’est choquant.

 

La première devient un symbole de lutte féministe, une martyre des extrémismes religieux.

La seconde, un énième fait divers glauque et peu glorieux.

 

On me dira que c’est normal, que la première est une Star. La seconde, Madame tout le monde.

 

Que les médias traitent l’actualité à chaud. Qu’ils font le tri. Qu’ils révèlent ou occultent selon l’envie du public ou de leur lectorat. Que les victimes de violences faites aux femmes, pourtant reconnues Grande Cause Nationale en 2011, ce n’est pas bon pour l’audimat. Ce n’est pas vendeur. Ce n’est pas bankable. Ce n’est pas glamour.

 

C’est étonnant, car parfois, les médias savent se montrer empathiques. Ainsi, chaque semaine, ils font le décompte des journalistes français retenus en otage dans le monde, au nom de la liberté de la presse. On voit ainsi s’afficher les visages de ces femmes et de ces hommes courageux dont le métier est de nous informer, de façon impartiale, au péril de leur vie. C'est un rappel important et nécessaire.

 

En revanche, il est bien étrange qu’aucun média ne trouve pertinent de faire un point hebdomadaire sur ces mortes, trop nombreuses dans notre pays. Ces victimes ordinaires de violences conjugales, au nom de la dignité humaine. Leur redonner un visage, une histoire, un nom. Ne pas les laisser être de simples faits divers mais des sujets majeurs, à part entière. Rappeler leur nombre, impressionnant et croissant, chaque semaine. Ne pas les entourer d’un silence assourdissant mais les mettre en pleine lumière.

 

Cette initiative pourrait être instaurée ou encouragée par le nouveau Ministère des Droits des Femmes. Un hommage officiel hebdomadaire permettrait de donner toute la visibilité à cette réalité meurtrière et soulignerait l’urgence des actions à entreprendre pour y mettre un terme. Ce serait également un levier important pour initier de vraies réformes dans notre pays.

 

Il y a quelques jours, deux femmes ont été assassinées.

Une artiste au Pakistan, une salariée en France.

Deux femmes sont mortes, sous les balles, dans la rue.

Victimes de la violence meurtrière de leur ex-conjoint.

Ghazala Javed et Bérengère Lassalle nous ont quittés brutalement, toutes les deux beaucoup trop tôt. Qu’elles reposent en paix et que justice leur soit rendue.

Je ne les oublierai pas, ni l’une ni l’autre… Et vous ?

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