Lorsque que le FN est plus au centre que l'UMP !!
Mes amis,
Lorsque j'ai lu la chronique de Mr Marcelle dans libé, j'ai su que j'allais vous la soumettre :
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Essayez d’écrire ça : Eric Zemmour est un étron. Considérez sa parlure vulgaire, ses références approximatives, ses esclaffements retenus et son propos chafouin, également propres à toutes les esquives, et constatez comme tout en lui révulse. Essayez, et bien vite, vous verrez que, même sur un mode prétéritif, ça ne va pas. Une fois abolie l’épée, le sabre ou les gants de boxe du duel, ces mots sont insignifiants.
Essayez encore, toutefois, mais en arguant préalablement que vous n’injuriez ni n’insultez personne ; que vous parlez franc, haut et clair, parce que ça va bien comme ça, le «politiquement correct» !
Marre de la loi Gayssot, de la censure des pamphlets de Céline ou de l’abrogation de sa célébration, des repentances multiples et de la bien-pensance «droits-de-l’hommiste». Vive la liberté de toutes les expressions, nom de dieu, même si celle de John Galliano, ces jours-ci, dérange un peu ! Dites trois fois, en brandissant un crucifix (ou une gousse d’ail) : «L’antiracisme est un racisme», comme en la novlangue d’Oceania, dans le 1984 d’Orwell. Si quelque bruyante éminence médiatique, deux sous-ministres et trois associations viennent témoigner en votre faveur, un avocat retors vous fera vous en tirer avec un sursis symbolique, lequel il vous sera alors loisir de brandir en braillant que même les juges vous donnent raison. Pas encore tout à fait, mais ça vient… Pourtant, en votre for intime, ça ne va guère mieux.
Laissez tomber, alors. Admettez qu’Eric Zemmour, chansonnier multicarte, n’est pas un bon objet en soi. Zemmour, étendard de la révolte réactionnaire, vaut surtout par ce qu’il révèle, et par ces temps de révolutions arabes (1), il révèle énormément. Lorsque le parti UMP l’invite à réitérer ses propositions - ce qui advint mercredi dans des termes hallucinants -, il théorise soudain ce qui dans ses rangs se murmurait sans vergogne, en fait d’esprit des lois. A la morgue du Premier ministre Fillon (lâchant à propos d’Alliot-Marie qu’elle «n’a pas commis de faute morale»), au mépris du conseiller très spécial Guaino (estimant qu’à propos du chroniqueur consternant, «la justice pense ce qu’elle veut»), la hargne du chef UMP Copé (prenant dans ces termes obscurs la défense du même: «Les normes vont-elles tuer les libertés des Français ? De l’air !») achève de donner comme un air de Brumaire idéologique.
Au lendemain de sa condamnation, Zemmour fit savoir, par la voix de son avocat, qu’il«se réservait la possibilité de faire appel» - ordinaire formalité signifiant poliment qu’on s’en contrefout, d’être condamné pour incitation à la discrimination raciale. Au vrai, pourquoi aurait-il fait appel ? Si la chaîne amirale du service public de télévision ne s’en formalisa pas, autant admettre sans chichi que cette condamnation n’est pas infamante (2).
Les temps changent. Même Hortefeux, confronté au même dilemme, avait interjeté appel, et même cet appel n’empêcha pas qu’il soit - bien tardivement, il est vrai - jeté du gouvernement.
C’est sans doute que Zemmour, vicieuse incarnation de la liberté d’expression en général et de la liberté de la presse en particulier, sera plus utile qu’Hortefeux dans le débat sur la place de l’islam en France, nouvel avatar d’un racisme d’Etat s’avançant hier derrière un prétexte d’«identité nationale» et aujourd’hui sous celui de «laïcité». Terrible aveu lorsque, dans «la rue arabe», comme dit Juppé, Paris ne vit jamais que de la chair à canon et de la viande à exploiter, puis des intégristes barbus et des femmes voilées, puis, enfin, des envahisseurs, voleurs de pain et de travail.
Les révolutions d’outre-Méditerranée, que «personne n’a vues venir», selon l’unique et répétitif argument du néoministre des Affaires étrangères d’une Ve République qui n’a jamais pu les concevoir, se révèlent pourtant très politiques, quand la Tunisie soulevée revendique l’élection, non d’un président, mais d’une Constituante. Elles arrivent, maintenant. Fermons portes et fenêtres, dressons murs et frontières ! Alain Finkielkraut (sorte de Zemmour dans un bas de soie) le disait dimanche en tremblant sur France 5, en évoquant l’à ses yeux terrifiante menace des flux migratoires. Que ne restent-ils chez eux, s’exclama-t-il en substance, à propos de tous ces miséreux que notre ami Ben Ali a si longtemps réduits. Et d’ajouter, ma foi assez ignoblement : «On ne fuit pas la liberté.»
Contrairement au raciste agréé Eric Zemmour et malgré pas mal de bruyantes casseroles, Finkielkrautn’a encore jamais été condamné pour incitation à la haine ou à la diffamation raciale. Gageons que s’il devait l’être un jour, il s’en ferait une autre Légion d’honneur.
(1) Que, bizarrement, Noël Mamère qualifie obstinément d’«arabo-musulmanes». Qu’est-ce qui se passe, Noël ?
(2) Voir la chronique Médiatiques de Schneidermann, «Libération» du 28 février.
Pierre Marcelle